Pourquoi ont-elles été oubliées ?

Les femmes présentées dans ce projet n’étaient pas toutes inconnues, ignorées ou sans succès de leur vivant.

Certaines étaient des artistes célèbres. Rachel Ruysch obtenait des prix remarquables pour ses tableaux. Élisabeth Vigée Le Brun peignait l’aristocratie européenne. Rosa Bonheur connut une renommée internationale. Lavinia Fontana dirigeait un atelier professionnel prospère.

Alors pourquoi tant de femmes n’apparaissent-elles que brièvement — voire pas du tout — dans le récit traditionnel de l’histoire de l’art occidental ?

Ce n’est pas parce que les femmes manquaient de talent. Devenir artiste, mener une carrière et être reconnue par les générations suivantes dépendait aussi de l’accès à des possibilités qui ne leur étaient pas toujours offertes.

La formation

Pendant des siècles, une formation artistique approfondie passait par les ateliers, les académies et l’étude du corps humain.

Les femmes avaient souvent un accès plus limité à ces institutions, notamment aux cours de dessin d’après modèle nu — une étape essentielle de la formation académique pour celles et ceux qui souhaitaient pratiquer la prestigieuse peinture d’histoire.

De nombreuses femmes ayant réussi une carrière artistique étaient donc issues de familles d’artistes, où un père ou un proche pouvait leur offrir une formation autrement difficile d’accès.

Les académies et les institutions

Appartenir à une académie ou à une organisation professionnelle apportait bien plus que du prestige : cela donnait accès aux expositions, aux réseaux, aux commandes et à une reconnaissance professionnelle.

Les femmes y étaient parfois admises, mais généralement en très petit nombre et souvent soumises à des restrictions qui ne s’appliquaient pas aux hommes.

Le talent comptait.

L’accès aux possibilités comptait aussi.

Les sujets et les possibilités

Les formes d’art considérées comme les plus prestigieuses n’étaient pas également accessibles à tous.

Les grandes peintures historiques, religieuses ou mythologiques exigeaient une formation avancée, des modèles, un atelier suffisamment vaste et des mécènes fortunés.

Le portrait, la nature morte et les scènes de la vie quotidienne pouvaient être plus accessibles aux femmes — mais les générations suivantes d’historiens de l’art n’accordèrent pas toujours à ces genres le même prestige.

La hiérarchie des genres contribua donc à déterminer non seulement qui pouvait réussir, mais aussi quelles réussites seraient ensuite considérées comme importantes.

Le travail, la famille et l’indépendance

Une carrière artistique exige du temps, de l’argent, un espace de travail et une certaine liberté.

Le mariage, la maternité et les attentes concernant les responsabilités domestiques des femmes pouvaient rendre difficile la poursuite d’une carrière professionnelle.

Mais il n’existe pas une seule expérience féminine. Certaines artistes ne se marièrent pas ; certaines bénéficièrent du soutien de leur mari ou de leur famille ; certaines dirigèrent des ateliers prospères ; d’autres concilièrent leur travail avec la maternité.

Leurs histoires sont individuelles — et c’est précisément pour cette raison qu’elles méritent d’être étudiées individuellement.

Attribution et réputation

Parfois, l’oubli vint plus tard.

Des œuvres réalisées par des femmes ont été attribuées à leur père, leur mari, leur maître ou à des contemporains masculins plus connus.

Judith Leyster, par exemple, disparut presque de l’histoire de l’art avant que des tableaux portant son monogramme caractéristique ne soient reconnus comme ses œuvres à la fin du XIXe siècle.

L’attribution est essentielle : lorsque le nom de l’artiste disparaît du tableau, l’artiste elle-même peut disparaître de l’histoire.

Les collections et le canon

Les musées, les collectionneurs, les marchands, les expositions et les historiens de l’art participent tous à déterminer quels artistes restent visibles.

Certains artistes sont collectionnés, exposés, reproduits dans les livres et enseignés aux générations suivantes. D’autres glissent progressivement vers les marges.

Au fil du temps, ces choix contribuent à créer ce que l’on appelle le canon — l’ensemble des artistes considérés comme essentiels à l’histoire de l’art.

Une fois établi, ce canon peut se renforcer lui-même : les artistes que nous connaissons déjà sont ceux que nous continuons à étudier.

La redécouverte

L’histoire de l’art n’est pas figée.

Les nouvelles recherches, les expositions, la restauration des œuvres et les réattributions modifient continuellement notre compréhension du passé.

Des artistes comme Artemisia Gentileschi, Judith Leyster et Hilma af Klint montrent à quel point la place d’une artiste dans l’histoire de l’art peut changer lorsque son œuvre est étudiée sous un nouveau regard.

Redécouvrir ces artistes ne signifie pas ajouter des femmes à une histoire dont elles étaient absentes.

Souvent, cela signifie simplement reconnaître qu’elles étaient là depuis le début.

Alors, ont-elles vraiment été oubliées ?

Pas toujours.

Certaines étaient célèbres. Certaines étaient des professionnelles respectées. Certaines étaient reconnues dans leur région ou dans des cercles artistiques particuliers. D’autres eurent réellement du mal à obtenir une reconnaissance.

Ce que beaucoup d’entre elles partagent est quelque chose de plus subtil :

leur place dans le récit est devenue plus petite.

C’est pourquoi Femmes artistes oubliées ne consiste pas simplement à retrouver douze femmes méconnues.

Le projet pose une question plus vaste :

Qui reste dans nos mémoires, qui est oublié — et qui décide ?

Et peut-être que la meilleure façon de commencer à répondre à cette question est tout simplement de regarder à nouveau les œuvres.